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Europe : la montée du séparatisme inquiète

Alors que la Catalogne a proclamé son indépendance fin octobre après référendum, d'autres régions européennes pourraient lui emboîter le pas. Les mouvements séparatistes connaissent une véritable recrudescence sur le Vieux Continent, sur fond d'importantes inégalités économiques. Une réalité qui inquiète en haut lieu.

 

L'Europe est-elle à la veille d'une révolution sans précédent par un effet boule de neige ? C'est l'une des théories envisagées et redoutées par Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, au lendemain de la déclaration d'indépendance du parlement catalan le 27 octobre dernier. « Je ne voudrais pas que demain, l'Union européenne se compose de 95 États membres », a-t-il déclaré.

 

Depuis le Brexit du 23 juin 2016, signant la sortie prochaine du Royaume-Uni de l'UE, Bruxelles regarde avec inquiétude l'affirmation croissante des velléités séparatistes dans les différentes régions d'Europe. Et notamment les plus riches d'entre elles dans leurs pays respectifs ‒ Catalogne, Flandre, Lombardie ou encore Vénétie ‒, dont la prospérité relative constitue l’une des principales motivations pour se passer de la nourrice européenne.

 

Ces derniers mois, les mouvements indépendantistes n'ont jamais été aussi forts sur un continent qui compte un nombre élevé d'identités régionales : la Nuts 1 (nomenclature d'unités territoriales statistiques) en recense 98, contre 276 pour la Nuts 2, qui comprend les 27 régions françaises, et jusqu'à 1 342 pour la version la plus détaillée.

 

Au sein de ces territoires, de la péninsule ibérique aux pays baltes en passant par les grandes capitales de l'ouest de l'Europe, règnent d'énormes disparités sociales et surtout économiques. Parmi les 276 régions de Nuts 2, l'écart du PIB (produit intérieur brut) par habitant va de un à 20 à l'échelle continentale entre l'Ouest londonien (167 500 euros en 2015) et la province bulgare de Severozapaden (8 400 euros).

 

Le fossé économique est également considérable à l'intérieur même d'un pays : le Royaume-Uni, encore rattaché à Bruxelles à ce jour, abrite le plus d'inégalités avec un rapport de 8,5. En France, la région la plus riche (Île-de-France - 50 900 euros) n'est que 2,2 fois plus prospère que la plus pauvre (Languedoc-Roussillon - 22 800), soit l'équivalent des principaux états voisins : Allemagne, Italie (2,5), Belgique (2,7) et même Espagne (2), pourtant siège de la sécession catalane.

 

Inefficacité de la solidarité financière européenne

 

Depuis 2004, la Doctrine Prodi menace d'exclusion automatique de l'Union européenne toute province déclarant son indépendance. En Catalogne, près de 1 500 entreprises auraient déjà déplacé leur état major hors de Barcelone pour contourner les répercussions financières d'une telle décision. Le risque ne semble toutefois pas suffisant pour dissuader les régions les plus aisées de quitter l'UE ‒ le parti indépendantiste catalan affirme que la solidarité financière européenne lui coûterait 17 milliards d'euros par an ‒ ni les autres.

 

Selon une étude de l'institut allemand Ifo, les échanges commerciaux privilégiés entre les États et les transferts de redistribution au sein des pays membres ne seraient guère efficaces. L'Ifo prend l'exemple de la Slovaquie qui, depuis sa scission avec la République tchèque dont elle dépendait financièrement, a vu son revenu par habitant passer de 60 à 90 % de celui de son voisin. « C'est seulement après sa sécession, et donc la fin du transfert, que le pays a pu se relever, constate Gabriel Felbermayr, un des experts de l'Ifo. Les transferts [de redistribution] semblent cimenter des structures défavorables. » À l'inverse, le sud de l'Italie reçoit de l'argent du nord depuis plus de 150 ans sans que l'écart des conditions de vie ne se comble, souligne l'étude...

 

Dans l'Union européenne, nombreux sont les petits États et régions suffisamment riches pour subvenir à leurs propres besoins, comme le Luxembourg, l'Autriche, les Pays-Bas, l'Écosse ainsi que la Lombardie, la Flandre ou encore les länder du sud de l'Allemagne. L'UE compte également une multitude de provinces moins riches comme la Corse, le Pays basque ou le Kosovo, mais dont le fort sentiment d'identité pourrait entraîner une séparation pas si néfaste que ne pourrait le laisser penser Bruxelles, à l'image de l'exemple slovaque.

 

Soixante ans après la signature du traité de Rome le 25 mars 1957, l'institution européenne se dirige-t-elle vers une Europe des régions, où chaque territoire identitaire prendrait sa destinée en main ? Il ne resterait alors plus grand-chose de l'esprit originel de communauté, pas plus que de l'union dont elle porte aujourd'hui le nom.

 

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